UNE COMPLICATION POETIQUE

DE LA SECONDE MORTE – Petite introduction

La complication « seconde morte » présente pour le curieux ou le passionné d’horlogerie et plus particulièrement de montre, des caractéristiques tout à fait uniques qui lui confèrent un charme et un intérêt certains.

Ce qui frappe tout d’abord est l’absence d’ouvrage de référence sur ce sujet spécifique. Beaucoup d’information existe pourtant, parfois très détaillée sur le net lorsqu’il s’agit de la description pour certains modèles de la disposition des mobiles et la référence permanente au fouet (« souvent en or ») pièce particulière à cette complication. Quelques courtes vidéo et des photos de mouvements complètent la documentation disponible, éparpillée et disparate.

De la même façon dans les bibliothèques de nombreux traités d’horlogerie mentionnent cette complication, mais souvent en se faisant écho, reprenant en général l’indispensable traité de Ferdinand Berthoud. Divers articles enfin, dans les revues spécialisées ou même la presse grand public, remettent régulièrement à la lumière des modèles de montre de poche ou bracelet dotés d’un mécanisme à seconde morte.

Du point de vue de l’offre, il faut souligner l’incroyable popularité des montres de poche à seconde morte de la fin du XVIII ème jusqu’au tout début du XX ème siècle. C’était un instrument de précision  aujourd’hui présenté comme l’ancêtre du chronographe. Mais il fut brutalement détrônée par la diffusion massive de ce dernier et de ses totalisateurs de minutes et d’heures et des montres de poignet pour laquelle sa technologie était mal adaptée.

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Pour donner des repères simples, on peut considérer que de 1750 à 1910 la montre à seconde morte à vécu une première vie. Puis après une éclipse de près de 50 ans, elle fit un retour remarqué chez de nombreuses marques grâce aux déclinaisons du mouvement produit par Chezard pour Doxa, Hy Moser (Esculape, Saltofix), Rolex (Truebeat) et nombre d’autres marques de distributeur (Barr, Roger par exemple) en particulier aux Etats Unis. A nouveau boudée par l’avènement du quartz les années1970,elle renaît, soit chez des indépendants comme Habring² ou Gronenfeld, FP Journe sur des bases de modules dédiés voire des mouvements développés en interne ou de mouvements entiers maisons mais aussi des grandes marques comme Panerai avec une série limitée (Radiomir Independant) Franck Muler, JLC qui annonce en 2014 en équiper l’ensemble de sa gamme Géophysic, Audemars Piguet ou Arnold and Son, Jaquet Droz et son nouveau mouvement 2015, de Béthune et tout récemment (janvier 2016) A. Lange & Söhne. La seconde morte est alors souvent associée à d’autres complications et échappements. Témoignage du savoir-faire de ses artisans ou maisons prestigieuse, le prix des modèles est en rapport des revendications du discours marketing, chacun s’attribuant une part d’innovation ou d’excellence : dernière en date le positionnement de la Richard Lange seconde sautante qui brandit fièrement un brevet lié à cette complication («l’un des premiers déposé à l’office impérial des brevets » en 1887 apparemment).

Du point de vue de la demande, les avis sont partagés voire franchement contradictoires, loin de l’unanimité habituelle suscitée par les argumentaires marketing des marques et les photos retouchées ou les ambassadeurs people. Ces avis s’expriment régulièrement dans les forums ou nombre d’« aficionados » trouvent quasi unanimement cette complication inutile, voire néfaste dans la mesure où visuellement elle rend similaire montre quartz et montre mécanique ; concession de la part des plus documentés : l’attrait des montres de poche équipée d’une seconde morte indépendante et la remarquable esthétique des mouvement, dont la symétrie et l’équilibre sont permis par cette particularité mécanique constitutive du double barillet.

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Chantelot à Marseille, vers 1790.

Quelques marginaux toutefois accordent à la seconde morte une approche poétique du découpage du temps bien mise ne valeur par des codes esthétiques récents reproduisant ceux des origines : Arnold & Son et Jaquet Droz ont en effet ouvert la voie de la « grande seconde centrale », réduisant la taille du cadran excentré des heures et des jours, sur la base du même mouvement développé en début 2010 par la Joux-Perret.

Les plus enragés soulignent enfin avec constance la prouesse mécanique de la réalisation de cette complication. Paradoxalement alors, cette complication devient mystérieuse : à la différence en effet de bien des complications, voire de système mécaniques complets comme le remontage automatique qui donnent lieu à recherches et articles, la seconde morte est historiquement très bien située. Et si le dispositif de seconde morte indépendante est attribué sans conteste à Jean Moise Pouzait en 1776, la confusion est actuellement forte quant à sa dénomination et le ou les dispositifs mécaniques en assurant le fonctionnement.

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Robert Brandt, mouvement extra plat vers 1860

Dans cette course à la différenciation, la seconde morte n’est que débaptisée, mais pas revisitée : derrière les dénominations variées de seconde sautante, vraie seconde, seconde morte, seconde d’un coup et pourquoi pas demain seconde battante, qu’en est-il de l’évolution du mécanisme?